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Claude Hamonet

 

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« Plus qu’un simple instrument de communication, le langage illustre la façon dont on se représente mentalement une réalité. Il n’est donc pas étonnant que les mots employés pour parler des personnes handicapées aient fait l’objet d’une remise en question parallèle à l’évolution de leur place dans la société » (Patrick Fougeyrollas, Québec).


Handicap : le Concept


Claude Hamonet, Médecin-rééducateur, Docteur en Anthropologie sociale, Chef de Service de Médecine Physique et de Réadaptation du CHU Henri Mondor (Créteil), Directeur de l’Institut de formation en Ergothérapie de l’Université Paris 12 Val-de-Marne, Expert agréé par la Cour de Cassation, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 94010 Créteil.
Teresa Magalhaes, médecin légiste, Directeur de l’Institut de Médecine légale de Porto (Portugal).
Marie de Jouvencel, neuropsychologue, Centre de médecine Physique et de Réadaptation du château de Richebourg, Houdan.
Louise Gagnon, Professeure de Sciences infirmières, Université de Montréal, Montréal Québec.

 

I - Introduction et contexte historique

La notion de handicap a, depuis une vingtaine d’années, fait l’objet d’âpres controverses qui ne sont pas encore tout à fait éteintes. Le point de départ a été la publication par l’Organisation mondiale de la santé, en 1980 (traduction française en 1981 par l’INSERM), d’un projet expérimental de Classification des handicaps (CIH) élaboré par un groupe de travail, initialement animé par André Grossiord de Garches, médecin-rééducateur, et PHN Wood, de Manchester, épidémiologiste et rhumatologue puis, par Wood seulement.
Auparavant, ce sujet ne passionnait guère et l’on avait même accepté de voter une loi Française, à l’unanimité, le 30 juin 1975, destinée à permettre aux personnes handicapées d’avoir une vie meilleure, sans définir précisément pour qui cette loi était faite.
Seuls quelques isolés, dont nous étions, avec un autre médecin-rééducateur : Pierre Minaire (15), un Psychiatre et anthropologue (17) : Claude Veil (« Handicap et Société »), un sociologue (16) : Henri-Jacques Stiker (« Corps Infirmes et Société »), mais aussi un médecin expert (6) Bernard Gautier (« Les dévalorisations humaines dans le droit et l’économie »), s’étaient aventurés sur les chemins tortueux et accidentés d’une exploration de "l’Homme handicapé".
L’arrivée, en 1981, de la traduction française de la CIH (13), malencontreusement transformée en classification des "désavantages", ce qui accentuait, s’il en était besoin, les effets de stigmatisation du premier projet de l’OMS, a polarisé les attentions.
En France, la volonté des décideurs en place, et de l’Administration, d’imposer le "Système de Wood", sans le critiquer ni le modifier, a contribué à figer la discussion et à décourager, en la considérant comme déviante, toute innovation sur le thème. Ceci a eu un effet très négatif sur la Recherche dans le domaine et, par contrecoup, sur les avancées sociales en matière de handicap, en France.
Deux courants s’étaient nettement individualisés : le courant "médical" qui définissait, à la suite des propositions de Wood, le handicap, comme la conséquence d’un état pathologique (maladie ou accident) et le courant "anthropologique" qui considérait que le handicap était la résultante de la confrontation d’un être humain avec son environnement. Au total, ceci peut se résumer de la façon suivante :
1- C’est la lésion (ou déficience) corporelle pathologique qui rend les personnes handicapées ;
2- C’est la société qui crée les situations de handicap.
À partir de 1997, devant la demande de nombreux professionnels de la réadaptation, et des milieux associatifs de personnes handicapées, une révision a été entreprise, à partir de 1997. Après bien des aléas, elle a abouti, fin 2000, à la proposition d’un dispositif intermédiaire CIH-2, remodelé et adopté, en mai 2001, par l’Assemblée mondiale de l’OMS, sous l’intitulé : "Classification de la fonctionnalité, du handicap et de la santé" (CIF). On y distingue cinq niveaux (4) :
Les fonctions organiques,
Les structures anatomiques,
Les activités,
Les participations ou "prendre part à une situation de la vie réelle" (les deux niveaux des activités et des participations, bien différenciés dans le document sont artificiellement regroupés),
Les Facteurs environnementaux qui recoupent, en partie, les "participations".

DÉFINITIONS DE LA CIF (OMS, 2002) :

Les fonctions organiques désignent les fonctions physiologiques des systèmes organiques (y compris les fonctions psychologiques).

Les structures anatomiques désignent les parties du corps humain, telles que les organes, les membres et leurs composantes".

Une activité signifie l’exécution d’une tâche ou le fait pour une personne de faire quelque chose.

La participation signifie l’implication dans une situation de la vie réelle.

Les facteurs environnementaux constituent l’environnement physique, social et attitudinal dans lequel les gens vivent et mènent leur vie.

Cette nouvelle proposition est, en fait, un compromis entre les définitions initiales de Wood (qui avaient leurs défenseurs) et l’introduction des facteurs situationnels et, plus largement, environnementaux. C’est ainsi que les "fonctions organiques" sont définies comme : "les fonctions physiologiques des systèmes organiques (y compris les fonctions psychologiques". Ceci n’est guère différent de la première définition (1980) de Wood de "impairment" : "perte ou anomalie d’une fonction ou d’une structure psychologique, physiologique ou anatomique" (13). Il est vrai, qu’à côté des fonctions organiques, se trouvent les "structures anatomiques" qui "désignent les parties du corps, comme les organes ; les membres et leurs composantes" (4).
Dans cette proposition, les contours des différents champs constitutifs du handicap sont imprécis et de nombreux recoupements ou répétitions résultent de cet état de fait. Si on ajoute les difficultés d’interprétation de certains items, notamment ceux qui ont trait aux facteurs environnementaux (attitudes, services, systèmes et politiques), la CIF apparaît comme un instrument pesant, imprécis, difficile à manier par le plus grand nombre et peu utilisable en pratique quotidienne, tant médicale que sociale, de la réadaptation. Son intérêt est d’avoir clos le débat entre "pro et anti-woodiens", d’avoir ouvert une très large brèche vers le social et le sociétal, d’avoir "positivé" les termes utilisés, évitant ou minimisant (au prix de l’imprécision) la stigmatisation, enfin, d’avoir relié handicap et santé.
Ainsi se profile une nouvelle définition positive de la santé, basée sur la notion de "bien-être", moins utopique que celle de la Constitution de l’OMS de 1947 ("complet bien-être") et proche de celle de René Dubos : "État physique et mental relativement exempt de gênes et de souffrances qui permet à l’individu de fonctionner aussi longtemps que possible dans le milieu où le hasard ou le choix l’ont placé" (5). Elle se rapproche beaucoup de celle de l’autonomie (avec ou sans dépendance), qui est la finalité de la réadaptation médicale et sociale.
On peut ainsi différencier l’approche de la maladie :
Signe diagnostic traitement guérison avec ou sans séquelles.
Et, celle du handicap :
Handicap réadaptation autonomie avec ou sans dépendance.
Être en bonne santé, c’est aussi ne pas être et ne pas s’imaginer être en situation de handicap (11). Ainsi la notion d’absence de situation de handicap se substitue à la notion trop vague de « qualité de vie ».

 

II - Handicap : un mot venu d’ailleurs qui a su s’imposer dans la langue française

Handicap (« la main dans le chapeau ») est, à l’origine, anglais (10). Il fait sa première apparition dans la langue anglaise écrite au XVIIe siècle. Il désigne une méthode de répartition « à parts égales » lors d’échanges d’objets personnels entre deux personnes. L’arbitre détermine la somme qui compense la différence de valeur entre les objets en cause. Elle sera déposée dans un chapeau. C’est ce détail qui restera. Plus tard, c’est aux courses de chevaux que l’on appliquera la règle des longueurs ou des charges supplémentaires imposées aux meilleurs pour « égaliser les chances » de tous lors de courses à handicap. Anobli par le sport, repris par la littérature (Maurois, Gide), intégré officiellement dans le dictionnaire de l’Académie française dès 1913, le mot est adopté par les travailleurs sociaux et les associations s’occupant des personnes avec des infirmités ou incapacités, comme moins réducteur, moins stigmatisant, voire promotionnel, surtout à partir des années 1950. Il est définitivement admis avec son apparition dans le droit des personnes handicapées dans la loi de 1957 sur les travailleurs handicapés et, surtout, par celle du 30 juin 1975 « en faveur des personnes handicapées », actuellement en cours de révision, mais en conservant le terme handicap. Accepté en France, c’est au pays de la non-discrimination, les États-Unis d’Amérique, qu’il sera mis au ban du vocabulaire « politiquement correct » pour être remplacé, à partir des années 1980, par un mot d’origine française (« dishabile »), aujourd’hui intraduisible, dans notre langue : « disability ».

 

III - Du mot aux concepts, ou comment exprimer, sans la déformer, la réalité complexe que vivent les personnes handicapées ?

Handicap est un mot, être Handicapé est une réalité, à plusieurs dimensions. C’est dans la formulation des aspects de ces réalités, et de leurs connections, que se sont exprimés des courants de pensée et des idéologies que nous résumerons à deux, pour simplifier.

1 - Le courant médical : le handicap est la conséquence d’une maladie ou d’un traumatisme.
C’est le courant représenté par la première classification de l’OMS de Wood (13) Nous en avons développé, plus haut, les origines et les évolutions.
On peut en rapprocher le courant "lésionniste" et ses mesures, en pourcentages, des atteintes corporelles. Cette méthode de mesure, héritée des temps bibliques du talion, est toujours en vogue malgré ses imperfections. Elle l’est, aussi, dans le champ social puisque le barème des Cotorep de 1993, continue à y faire référence. De plus, la loi d’orientation actuelle (1975), en cours de réforme, est une loi "à seuils". Un taux de 80 % est un requis incontournable pour celui qui veut avoir accès à l’ensemble des prestations prévues par les législateurs.

2 - Le courant anthropologique (environnementaliste, situationniste).
Il a deux expressions :
1- l’une (10) québécoise (Patrick Fougeyrollas, de l’Université Laval à Québec, avec la Société canadienne de la CIDIH et le Comité québécois de la CIDIH, à Québec),
2- l’autre (11), française et portugaise (Claude Hamonet avec l’Université Paris12 Val-de-Marne à Créteil et Teresa Magalhaes à L’Institut médico-légal et à l’Université de Porto). Proches de ce courant se situent les travaux de Pierre Minaire (Lyon-Saint-Étienne) qui a proposé le terme de "handicap de situation" et a réalisé une remarquable étude sur la population de Saint-Cyr-sur-le-Rhône avec l’INSERM et l’INRETS (15). Ils ont été interrompus par le décès prématuré de Pierre Minaire.
Dans les deux premières approches, la séparation entre l’organique et le fonctionnel est très nette. Les fonctions humaines (ou les capacités) sont celles d’un "homo sapiens sapiens" universel et non pas la physiologie respiratoire ou celle du système nerveux central.
Patrick Fougeyrollas propose un "Processus de production des handicaps" et distingue, parmi les facteurs environnementaux, ceux qui sont personnels et ceux qui sont contextuels. Ce dispositif est intelligent et reflète bien une préoccupation sociologique qui vise à replacer l’Homme handicapé dans la société. Cette proposition qui rencontre un succès d’estime dans certains milieux associatifs, de travailleurs sociaux et d’ergothérapeutes présente l’inconvénient d’être trop complexe pour un usage clinique au quotidien. Certaines formulations, telles que "habitudes de vie" sont difficilement transposables en Europe, de même que « processus de production ».

Les équipes de Créteil et de Porto proposent une autre présentation du handicap (11) (Système d’identification et de mesure du handicap, SIMH) dans laquelle les deux éléments fondamentaux sont : les situations de la vie qui conditionnent le handicap et la subjectivité (ou point de vue de la personne) qui conditionnent sa façon de réagir face à son état corporel, fonctionnel et situationnel. Cette approche, délibérément "positive", ne parle plus de "classification" (terme jugé trop stigmatisant) mais "d’identification". Elle se veut universelle, simple, complète et éthique (ne dévalorisant pas la personne). Elle repositionne la notion de personne face à la société et à la santé. Elle introduit une démarche en santé qui dépasse le seul handicap puisqu’elle est utilisable également pour aborder la douleur ou les soins palliatifs.

 

IV - Le Système d’identification et de mesure du handicap - SIMH (Créteil-Porto 1998) : les définitions

1. LE CORPS
Ce niveau comporte tous les aspects biologiques du corps humain, avec ses particularités morphologiques, anatomiques, histologiques, physiologiques, et génétiques.
Certaines modifications du corps d’origine pathologique (maladie ou traumatismes) ou physiologiques (effets de l’âge, grossesse…) peuvent entraîner des limitations des capacités. On voit donc que les modifications pathologiques ne sont pas les seules en cause.

2. LES CAPACITÉS
Ce niveau comporte les fonctions physiques et mentales (actuelles ou potentielles) de l’être humain, compte tenu de son âge et de son sexe, indépendamment de l’environnement où il se trouve.
Les limitations des capacités (réelles ou supposées), propres à chaque individu, peuvent survenir à la suite de modifications du corps mais, aussi, du fait d’altérations de sa subjectivité.

3. LES SITUATIONS DE LA VIE
Ce niveau comporte la confrontation (concrète ou non) entre une personne et la réalité d’un environnement physique, social et culturel.
Les situations rencontrées sont : les actes de la vie courante, familiale, de loisirs, d’éducation, de travail et de toutes les activités de la vie, y compris les activités bénévoles, de solidarité et de culte, dans le cadre de la participation sociale.

4. LA SUBJECTIVITÉ
Ce niveau comporte le point de vue de la personne, incluant son histoire personnelle, sur son état de santé et son statut social.
Il concerne tous les éléments subjectifs qui viennent compromettre ou supprimer l’équilibre de vie de la personne. Il représente le vécu émotionnel des événements traumatisants (circonstances d’apparition et d’évolution, annonce et prise de conscience de la réalité des faits et acceptation de vivre avec sa nouvelle condition.

LE HANDICAP

 

 

I - Le corps et ses modifications

1.1. Systèmes segmentaires
1.1.1 Tête
1.1.2 Face
1.1.3 Cou
1.1.4 Thorax
1.1.5 Abdomen et région lombaire
1.1.6 Bassin et Périnée
1.1.7 Membre supérieur droit
1.1.8 Membre supérieur gauche
1.1.9 Membre inférieur droit
1.1.10 Membre inférieur gauche

1.2 Systèmes généraux
1.2.1 Taille
1.2.2 Poids
1.2.3 Régulation de l’équilibre hydroélectrolytique
1.2.4 Régulation du métabolisme
1.2.5 Thermorégulation
1.2.6 Régulation de la pression artérielle
1.2.7 Régulation de l’adaptation au stress
1.2.8 Régulation de la croissance et du développement
1.2.9 Système neurovégétatif
1.2.10 Système hématopoïétique
1.2.11 Système immunitaire
1.2.12 Génome

2 - Les capacités (en abrégé)

2.1 Maintien postural
2.2 Changements de position
2.3 Déplacements (en marchant ou avec une aide technique telle qu’un fauteuil)
2.3.1 Marcher ou se déplacer vers l’avant
2.3.8 Ramper
2.3.14 Capacité à ne pas tomber, etc.
2.4 Préhension
2.4.1 Positionner le membre supérieur et la main dans l’espace
2.4.2 Saisir (prendre)
2.4.3 Lâcher (cesser de prendre)
2.5 Communication
2.5.1 Audition
2.5.2 Vision
2.5.3 Langage
2.6 Cognition et comportements cognitifs
2.6.1 État de veille et de sommeil
2.6.2 Capacités à percevoir et à identifier (gnosies)
2.6.3 Capacité à se repérer dans l’espace
2.6.4 Capacité à se repérer dans le temps
2.6.5 Mémoire (capacité à rappeler et/ou à reconnaître des informations)
2.6.6 Capacités à organiser le mouvement (capacités d’exécution d’un « savoir-faire gestuel »)
2.6.7 Capacité à utiliser des notions acquises dans les activités conscientes intentionnelles ou sur commande (fonction d’exécution)
2.6.8 Dynamique de la pensée et de l’action
2.6.9 Capacités à la perception de soi
2.7 Affectivité et comportements affectifs
2.7.1 Capacité d’estime de soi et émotivité (image de soi)
2.7.2 Capacités de sociabilité et d’intégration (projection de soi)
2.7.3 Capacités à contrôler ses pulsions et ses besoins
2.8 Contrôle des urines et des matières fécales
2.8.1 Contrôle des urines
2.8.2 Contrôle des matières fécales
2.9 Sexualité et vie amoureuse
2.9.1 Sexualité
2.9.2 Capacité à procréer
2.10 Capacité à effectuer des efforts physiques
2.11Capacité à résister à des agressions cutanées et ou muqueuses
2.12 Capacité à assurer la propreté et la liberté des voies aériennes
2.13 Capacité à résister aux variations de température
2.14 Capacité à mastiquer
2.15 Capacité à ingérer des aliments
2.16 Capacité à sentir et à reconnaître les odeurs
2.17 Capacité à percevoir et à reconnaître le goût d’une substance
2.18 Absence de douleur
2.19 Esthétisme et apparence

3 - Les situations de la vie (en abrégé)

3.1 Les activités habituelles de la vie courante
3.1.1 Se nourrir (ou s’alimenter)
3.1.2 Aller aux toilettes
3.1.3 Faire sa toilette
3.1.4 S’habiller et se déshabiller
3.1.5 Accéder au lieu de vie et y circuler
3.1.6 Réaliser les activités domestiques
3.1.7 Accéder aux informations et communiquer sur le lieu de vie
3.1.8 Se déplacer à l’extérieur du lieu de vie
3.2 Vie affective, familiale et de proximité sociale
3.2.1 Avoir des relations avec sa famille
3.2.2 Avoir des relations avec des proches en dehors de sa famille
3.3 Vie de loisir de détente et d’agrément
3.3.1 Avoir des activités de loisirs passifs
3.3.2 Pratiquer des loisirs individuels actifs
3.3.3 Pratiquer des loisirs actifs avec d’autres
3.4 Activités communautaires de solidarité et de bénévolat
3.5 Étudier, être en formation (ou en scolarisation)
3.5.1 Type de formation suivie
3.5.2 Se déplacer pour se rendre à l’école ou à son lieu de formation et en revenir
3.6 Exercer ou rechercher une activité professionnelle
3.6.3 Se rendre sur le lieu de travail
3.6.4 Répondre aux exigences du milieu professionnel
3.7 Assurer ses soins
3.7.2 Prendre ses médicaments
3.7.4 Assurer soi-même la liberté de ses voies aériennes
3.7.5 Savoir prévenir la survenue d’escarre
3.7.6 Faire les auto-sondages
3.7.8 Assurer soi-même sa rééducation (auto-rééducation)

4 - La subjectivité (en abrégé)

4.1 Attitude face aux circonstances de survenue d’une modification du corps (maladie, traumatisme, autre)
4.1.2 Attitude face aux peurs et effrois ressentis au moment de l’accident causal et dans les suites de cet accident et des traumatismes qu’il a provoqués
4.1.4 Attitude face à la perception d’un sentiment de culpabilité
4.1.6 Attitude face à la prise de conscience du caractère définitif de son propre état
4.1.8 Attitude face à l’émergence possible d’un sentiment de vengeance
4.1.10 Attitude face à des situations de répétition (rappel du vécu douloureux de l’épisode initial)
4.2 Perception de son état corporel
4.2.1 Attitude face à la sensation d’être différent (infirme, souillé, impur, déshonoré)
4.2.2 Attitude face à la nécessité de s’exposer au regard des autres
4.2.4 Attitude face à la sensation d’avoir été « souillé »
4.3 Perception de son état fonctionnel et de ses capacités
4.3.1 Attitude face à la sensation d’être diminué, faible
4.3.2 Avoir conscience de ses capacités restantes
4.3.3 Avoir la capacité d’entreprendre
4.3.4 Savoir accepter ses limites
4.4 Perception des situations de la vie
4.4.1 Attitude face à la sensation d’être exclu, rejeté
4.4.4 Acceptation des situations de handicap
4.5 Sentiments vis-à-vis de son état
4.5.2 Avoir le désir de progresser, d’évoluer, être motivé
4.5.4 Adhérer au programme de réadaptation

 

V - La mesure du handicap

Elle fait appel à la notion de dépendance qui constitue véritablement l’unité de mesure des capacités fonctionnelles et des situations de handicap rencontrées. Une échelle ordinale de 0 à 4 a été choisie. Cette dépendance peut être réduite à un inconfort qui n’empêche pas l’accomplissement du geste ou de l’acte mais les rend pénibles, elle est alors cotée 1. Lorsqu’elle nécessite une aide matérielle (médicament, appareillage, aide technique, aide animale, aménagement de l’environnement, c’est la cotation 2 qui est choisie. Lorsqu’une aide humaine partielle est requise, la cotation est 3. Lorsque la réalisation de l’activité fonctionnelle ou que l’obstacle "situationnel" est impossible à vaincre. Ils peuvent alors nécessiter le recours à une aide humaine totale, la cotation est alors 4. Une cotation à 4 niveaux dans la sévérité de l’atteinte corporelle est proposée, de même que pour la subjectivité.

Échelle de sévérité pour le corps :

0 - Aucune modification
1 - Modification minime
2 - Modification d’importance moyenne
3 - Modification importante
4 - Modification très importante

Échelle de sévérité pour les capacités :

0 - Pas de limitation fonctionnelle
1 - Gêne ou inconfort sans limitation objective.
2 - Limitation fonctionnelle imposant une adaptation, l’utilisation d’une aide technique, animale, ou médicamenteuse.
3 - Limitation fonctionnelle imposant le recours à une aide humaine partielle.
4 - Impossibilié, ou recours total à une aide humaine.

Échelle de sévérité pour les situations de la vie :

0 - Pas de difficulté
1 - Gêne ou inconfort sans limitation objective.
2 - Handicap compensé par une adaptation, une aide technique ou animale.
3 - Handicap nécessitant le recours à aide humaine partielle
4 - Handicap total avec impossibilité nécessitant le recours à une aide humaine totale

Échelle de sévérité pour la subjectivité :

0 - Pas de modification de la subjectivité
1 - Retentissement subjectif minime
2 - Retentissement subjectif moyen
3 - Retentissement subjectif important
4 - Retentissement subjectif très important

 

VI - Des outils pratiques pour mesurer les différents aspects du handicap

Une première remarque s’impose : la plupart des outils proposés ne s’appuient pas sur une définition claire de ce qu’ils prétendent mesurer. C’est le cas de l’index de Barthel (6), de la MIF (6) ou "Mesure de l’indépendance fonctionnelle", de l’index de Katz (6). Ils mesurent en une seule dimension un phénomène qui en a plusieurs. Ces méthodes fournissent donc des scores de performances plutôt que des descriptions quantifiées utiles à la mise en œuvre de la réparation, de la compensation et de la réadaptation.
Deux instruments d’évaluation échappent à ces critiques : celui, proposé par les québécois, et celui, mis au point à Créteil et à Porto. Ces deux méthodes ont été validées sur des groupes très diversifiés de personnes handicapées.
Le dispositif ("Handitest") que nous proposons, comporte quatre dimensions : celle du corps, celle des capacités humaines, celle des situations de la vie et celle de la subjectivité. Il dérive de "l’Handicapomètre" (métrologie du handicap) déjà présenté à de nombreuses reprises. Il utilise la dépendance comme moyen de quantification. D’apprentissage facile, il est lisible par tous les partenaires de la réadaptation médicale, sociale et légale.

 

Bibliographie

(1) Bégué-Simon A.M., (1986) "De l’évaluation du préjudice à l’évaluation du handicap", Lyon-Paris, Éditions Alexandre Lacassagne, diffusion Masson.
(2) Boulanger Y.L., "De la lésion au handicap", Colloque international "l’évaluation mesurable en médecine de Réadaptation", Montréal, 2 & 3 octobre 1989, Institut de Réadaptation de Montréal.
(3) Canguilhem G., "Le normal et le pathologique", Paris, PUF, 1966,1993.
(4) CIF, "Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé, Organisation mondiale de la santé", Genève, 2001.
(5) Dubos R. (1985), "L’Homme interrompu", Paris, Seuil.
(6) Gauthier B. (1970), "Les dévalorisations humaines dans le droit et l’économie, essai sur la mesure des capacités et des incapacités par l’emploi des ordinateurs", Paris, Masson.
(7) Granger C.V., Gresham G.E. (1984), "Functionnal assesment in rehabilitation medicine", Baltimore, Williams & Wilkins.
(8) Hamonet CL., Bégué-Simon A.M., Brachet M., Thervet J.P., "Evaluer le dommage corporel, Revue Française du Dommage Corporel", 11-1, 7-13, 1985.
(9) Hamonet Cl., "Des barèmes pour quoi faire ?" in "Compensation du handicap", guide pour le médecin, le Concours médical, numéro spécial, 1997.
(10) Hamonet Cl. (1990, 1995,2000, 2004, 2006), "Les personnes handicapées", Paris, PUF.
(11) Hamonet Cl., Magalhaes T., "Système d’identification et de mesure du handicap (SIMH)", Eska, Paris, 2000.
(11) Hamonet Cl., Magalhaes T., "la notion de santé", La Presse médicale, 31 mars 2001, 30, n°12, pp 587-590.
(12) Hamonet Cl., Magalhaes T., "À propos du handicap : langage médical ou langage social ?", in : "Une nouvelle approche de la différence. Comment repenser le handicap", Genève, Editions Médecine et Hygiène, 2001.
(13) "International classification of impairments, disabilities, and handicaps, a manual of classification relating to the consequences of diseases", ICIDIH (1980), Genève, World Health Organisation.
(14) Hamonet Cl., Magalhaes T., "La conduite pratique de l’expertise médico-légale dans l’évaluation du dommage corporel", Journal de Réadaptation médicale, 1999, 19, n°4, pp.129-135.
(15) Minaire P., Flores J.L., "Épidémiologie du handicap : étude fonctionnelle d’une population, Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité", Bron, 1985.
(16) Stiker H.J., "Corps infirmes et sociétés", Paris, Aubier Montaigne, 1982.
(17) Veil Cl., "Handicap et société", Paris, Flammarion éditeur, 1968.
(18) Claude Hamonet et Marie de Jouvencel, "Handicap, les mots pour le dire, les idées pour agir", Connaissances et Savoirs, Paris, 2005.

 

ANNEXE

MINI-HANDITEST

(ÉCHELLE ORDINALE TYPOLOGIQUE À CINQ NIVEAUX SELON LA SÉVÉRITÉ DU HANDICAP)
0 PAS DE HANDICAP Il n’y a pas de limitation fonctionnelle ni de situation de handicap.
Type I HANDICAP LÉGER Inconfort (lenteur ou douleurs, par exemple).
Limitation partielle des capacités fonctionnelles avec des situations de handicap minimes, sans aucune dépendance.
Type II HANDICAP MOYEN Limitation nette d’activité avec souvent une dépendance médicamenteuse, animalière, ou instrumentale.
Type III GRAND HANDICAP Limitation importante des activités nécessité d’aides humaines partielles.
Type IV TRES GRAND HANDICAP Très grande dépendance des aides humaines.

Claude HAMONET, Université Paris 12, Hôpital Henri Mondor, 94010 CRETEIL Cedex
et Francesca FOLTERAN, Département de Santé Publique, Université de Padoue, Italie.