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Claude Hamonet

 

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Mal de dos : des effets pervers de certains certificats
médicaux qui peuvent conduire le patient a l’ANPE

 

Dans un contexte de société très judiciarisée, et très procédurière, les médecins sont constamment sollicités pour des attestations ou certificats à établir à la demande de leurs patients.

Formés à la notion de maladie, de lésion et de manques, ils sont enclins à mettre en valeur ce qui est, en fait, négatif chez leur patient et prescrivent trop volontiers des interdits souvent totalement injustifiés (par exemple en contre indiquant l’équitation chez les personnes qui ont mal au dos, alors que c’est une excellente rééducation proprioceptive qui vaut largement une kinésithérapie)

Priver inutilement une personne d’un loisir qu’elle aime au nom d’une obligation de précaution mal comprise est déjà une atteinte à la qualité de vie et au bien être de la personne. Mais il y a plus, un certificat médical induit par un patient à qui on pense rendre service en le protégeant de la pénibilité au travail, peut tout simplement aboutir à l’exclure du travail et à le conduire au chômage, avec toute la dévalorisation sociale et économique qu’il porte pour lui et pour sa famille.

Ceci est particulièrement vrai pour ce que l’on a appelé curieusement troubles musculo squelettiques (TMS) parmi lesquels domine largement le mal de dos. Ce dernier, à lui seul responsable de la majorité des exclusions du travail avant 45 ans.

Le certificat suivant représente un danger réel pour un travailleur qui est conduit à manipuler des objets (à tort dénommés « charges », ce qui contribue à dramatiser la situation) :

« je soussigné, Docteur ............, chirurgien Chef de service à l’hôpital de ............, certifie que l’état de santé de Mr. ............ Mohamed, ne lui permet pas de porter des charges lourdes. »

Un tel certificat place le médecin du travail de l’entreprise dans une situation difficile au moment de la reprise et l’incite à décréter une inaptitude au poste occupé.

De plus la notion de « charges lourdes » est très vague et ne repose sur aucune donnée médicale solide, en ce qui concerne le dos en tout cas.

Toute personne qui a eu mal au dos peut, après un traitement correct, avec l’aide d’une bonne ceinture lombaire et une éducation gestuelle simple, soulever des objets, même lourds, sans aucun dommage pour son dos.

La suite d’une logique économique implacable d’une telle appréciation médicale inappropriée est que l’employeur ne disposant pas de poste sans « charges lourdes » licencie l‘ouvrier.

C’est le cas de ce patient qui a « bénéficié » du certificat que nous avons reproduit, que nous avons expertisé pour le compte d’un Tribunal de la Sécurité sociale et qui est sans travail à 50 ans depuis plusieurs années.

Aucun certificat médical n’est anodin, particulièrement dans le contexte du travail. Avant de le rédiger, ou plutôt de ne pas le rédiger, le médecin se doit d’expliquer à son patient les conséquences qui peuvent en découler.

Il serait temps aussi que les médecins et les chirurgiens modifient leur vision pessimiste du mal de dos qui n’est pas, contrairement à ce qui est dit et entendu partout et, de ce fait, parait évident, dans la plupart des cas en rapport avec une hernie discale. Même dans cette hypothèse qui est la plus rare et de loin, rien ne contrindique les efforts dorso-lombo-pelviens s’ils sont "biomécaniquement corrects". Ceci permettrait, sans aucun doute de contribuer à la lutte contre le chômage et la réduction du nombre de personnes en situations de handicap.